Le blanc crème, couleur de l’année 2025 pour Pantone : pourquoi ce choix fait débat
Vous avez peut-être vu passer l’info : Pantone, qui élit chaque année une “couleur du moment”, a choisi pour 2025 la teinte “Cloud dancer”. Soit un blanc – crème, diront les afficionados. Et ça ne fait pas uniquement débat parce que c’est une couleur un peu… disons, peu colorée.

Le blanc, apaisant dans un monde d’hyperstimulation
La couleur a toujours eu un rôle et une signification politique. Ici, on peut lire deux interprétations que je trouve intéressantes.
La première, c’est de se dire que dans un monde d’hyperconnexion et d’hyperstimulation, nous aurions tous besoin d’un peu de calme, et que le crème serait dans ce contexte, une couleur apaisante bienvenue. C’est d’ailleurs comme ça que Pantone justifie son choix.
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La seconde est beaucoup moins plaisante. en effet, certains associent ce choix à… la montée du fascisme. Je vous ai perdus ? Allez, je vous explique.
Adolf Loos : naissance des idéaux racistes en déco et en architecture
Le blanc est associé à une idée de pureté. et de ce fait, il a été utilisé comme symbole d’une “race” supérieure, d’un minimalisme à privilégier, plus “chic” et élégant que les couleurs vives et les motifs.
On retrouve notamment cette idée dans le livre d’Adolf Loos (ouvertement fasciste), sur les liens supposés entre ornementations dans l’architecture et la déco… et la délinquance. Pour être “civilisé”, il prône une décoration “pure”. “L’ornement, nous l’avons surmonté, nous sommes parvenus au stade du dépouillement”, explique-t-il ainsi, hiérarchisant la déco sur une échelle chronologique de l’évolution humaine.
Je vous épargne les pires passages de cet ouvrage, réédité dans sa revue par, surprise (non), Le Corbusier. globalement, l’idée majeure est que l’ornement est le signe d’une culture “inférieure”, le début d’un crime, le fait d’une dégénerescence.
Alors que les ornements, motifs et couleurs ont dans certaines cultures eu le rôle de symbole de lutte, de liberté, d’émanciptation, bref, un rôle politique au-délà de l’art et de la créativité, tout ceci est jugé ici “rétrograde”, “arriéré”.
Pourquoi on associe le minimalisme au fascisme ?
Ces idées seront d’ailleurs reprises par le régime nazi, qui parlait d’”art dégénéré”, associant certaines formes d’art à des cultures jugées inférieures.
En déco, “le minimalisme a pour intention d’effacer les objets culturels, de sorte à ne laisser aucun indice sur notre héritage familial ou culturel”, écrivait dans un essai très intéressant de Charlotte Eckardt.

“L’un des problèmes que rencontre le design minimaliste, écrivait quant ) lui le professeur David Raskin dans le New York Times Magazine, c’est qu’il est devenu le symbole d’une élite mondiale. Plus vous êtes riche, moins vous possédez.”
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Dans un article de Vogue sur le choix de Pantone, on pouvait enfin lire que le blanc “ne perturbe pas, ne joue pas les trouble-fêtes” et n’est pas “aggressif”. Des qualificatifs souvent utilisés pour dénigrer des mouvements d’émancipation ou mouvements sociaux, comme le féminisme.
Murs blancs = déco raciste ? Heureusement, non
Bon évidemment, cela ne signifie pas que tous les minimalistes soient fascistes. la plupart sont d’ailleurs absolument inconscients de ces liens, et mettent en avant plutôt l’apaisement de l’esprit, ou le goût d’une déco neutre plus durable dans le temps (pour eux).
Mais vous n’êtes pas sans savoir que nous assistons dans le monde à une montée des idéaux fascistes. et qu’en tant que spécialistes de la couleur, difficile d’imaginer que les équipes de Pantone ignorent l’existence de ces idées, portées depuis des décennies par des régimes et personnalités extrémistes.