The Brutalist : qu’est-ce qui est vrai ou faux dans ce film d’architecture ?

Vous avez sûrement entendu parler ou vu The Brutalist, ce film qui raconte l’histoire tragique d’un architecte juif hongrois rescapé des camps de concentration, joué par le formidable Adrien Brody. Techniquement, le personnage principal László Tóth n’a jamais existé. Mais le brutalisme, courant dont il serait le représentant, si.

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The Brutalist, inspiré de l’architecte Marcel Breuer ?

László Tóth serait, d’après le réalisateur Brady Corbet, inspiré de plusieurs designeurs et architectes célèbres de l’époque, notamment de Marcel Breuer. Né en Hongrie, ce dernier a suivi une formation similaire à celle du personnage fictif au Bauhaus. Il a également émigré aux Etats-Unis, mais pas à la même époque – nous y reviendrons plus tard.

D’autres points communs peuvent être trouvés entre les deux : au début du film, on voit László Tóth créer des assises avec des pieds en acier tubulaire, qui ne sont pas sans rappeler celles de Breuer. Marcel Breuer et László Tóth ont tous deux travaillé sur des bâtiments publics culturels (musées pour l’un, bibliothèque de Budapest pour l’autre), et ont tout deux dessiné des bâtiments religieux (l’abbaye de Collegeville pour Marcel Breuer, en images ci-dessous).

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László Tóth serait également inspiré de Louis Kahn ou Paul Rudolph.

Brutalisme, Bauhaus : les fondations historiques du film The Brutalist

Le film The Brutalist s’appuie par ailleurs sur d’autres réalités historiques. Le brutalisme est un mouvement architectural qui a bel et bien existé, et dont la popularité a explosé après la seconde guerre mondiale, des années 1950 aux années 1970 environ.

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Il doit se comprendre comme une réponse à la brutalité du monde d’alors. Les lignes de ces bâtiments sont dures, anguleuses, géométriques. On utilise des matériaux froids et lisses, comme le béton, mis à l’honneur dans le film. Les volumes sont imposants, presque démesurés.

Le brutalisme est aussi directement hérité du Bauhaus, une école qui mêlait différents arts, dont le design et l’architecture. Dans The Brutalist, László Tóth explique y avoir été formé. Il explique aussi que le régime nazi s’est largement offusqué de ce qui était produit par le mouvement Bauhaus, qui représentait selon eux une modernité malsaine, opposée à l’art allemand “classique” qu’ils défendaient.

Critiques et petits arrangements avec la réalité

SAUF QUE. Des architectes se sont emportés : pour eux, le brutalisme apparaît très peu, voire pas du tout à l’écran. On y verrait plutôt du modernisme, que du brutalisme.

Par ailleurs, la chronologie serait parfois un peu décalée par rapport à la réalité. Le modernisme est en effet arrivé aux Etats-Unis avant la guerre, et le départ de certains élèves du Bauhaus vers les Etats-Unis s’est fait la plupart du temps avant la seconde guerre mondiale. Et leur accueil aurait été bien différent de celui réservé à László Tóth, qui doit faire la queue pour un quignon de pain et travailler à ramasser du charbon.

Cette liberté prise permet cependant d’appuyer le second volet du récit, peut-être plus important que les simples détails architecturaux : l’histoire de familles juives émigrées en souffrance, rejetées là où elles pensaient pouvoir tout recommencer à zéro. Chacun se fera son avis sur la question.

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